Réforme orthographique du français

Voici une proposition de réforme orthographique du français, quasiment copiée telle qu’elle a été écrite par son auteur d’origine (au moins jusqu’aux consonnes doubles), un certain Nicolas, qui anime le blog Idées Multiples.

topPrésentation

Le but de la réforme orthographique est d’amener la graphie du français à être plus systématique qu’elle ne l’est aujourd’hui par l’extension, le plus possible, de sa logique interne préexistante.

Je pose les conditions suivantes à la réussite de toute réforme ortographique :

  1. La graphie du français ne peut en aucun cas être parfaitement phonétique ou phonémique.

La raison principale en est que l’évolution phonétique historique naturelle du français l’a mené à de nombreuses élisions, notamment de consonnes finales, qui génèrent de nombreux homophones, qui doivent absolument toujours pouvoir être distingués à l’écrit.

De plus, cette évolution phonétique a donné à notre langue ce qui s’appelle en lingüistique un sandhi, à savoir des phénomènes d’interaction aux frontières des mots, que nous nommons liaisons. De nombreuses liaisons sont obligatoires en français (les autres), et sont encore plus courantes dans le langage soutenu et la poésie. Les francophones ne doivent en aucun cas confondre le vert avec le ver ou autres verres.

  1. La logique interne du français doit être préservée

Les francophones ne doivent pas avoir à réapprendre à écrire, ou pire, à lire, ce serait une perte de temps. L’une des règles cardinales du français et qui sera préservée est l’amuissement de la consonne finale, ou des deux dernières consonnes selon le cas (verts = « ver »). Les voyelles resteront elles aussi la plupart du temps inchangées, à la fois pour des raisons d’homophonie et pour d’autres, exposées plus bas.

  1. Certaines incohérences doivent être corrigées

Au cours de l’histoire, de nombreuses incohérences se sont introduites dans la graphie de la langue. Certaines sont irréductibles, alors que d’autres ne peuvent être décrites que comme de regrettables erreurs. Par exemple, les X du pluriel… Dérivés d’une contraction utilisée à l’écrit du L et du S, qui terminaient de nombreux mots (notamment par palatalisation du L – un journal, des journaux), ce X n’a aucune valeur, ni étymologique, ni phonétique (il se comporte comme un S en fin de mot). Nous parlerons donc des nombreus journaus sur les genous.

Dans certains mots comme chois, cela aura pour effet de raccorder les mots de la même famille (chois/choisir ; heureus/heureusement).

Aussi, dans ce même esprit, j’adopte les rectifications ortographiques de 1990, à moins qu’elles ne s’écartent des règles édictées ci-dessous.

  1. Aucun changement de prononciation n’est occasionné par la réforme

Le français, l’une des langues européennes écrites depuis le plus longtemps, possède une graphie conservatrice. Il me semble que certaines langues codifiées plus récemment ont pu adopter une graphie plus cohérente en raison du fait que leur prononciation au moment de la codification était plus proche du parler moderne. Quoiqu’il en soit, historiquement, c’est la graphie qui suit la phonétique à petits pas, et non l’inverse.

  1. Les règles grammaticales restent identiques, pour l’essentiel

La grammaire n’est pas affectée par ces rectifications, qui ne sont qu’orthographiques. Quelques changements seront toutefois faits par cohérence avec les autres évolutions. On aura notamment je peus et je veus.

  1. Lien avec les autres langues romanes

Bien que l’évolution phonétique du français ait été importante par rapport à ce qu’elle a été dans la plupart des autres langues romanes, leur graphie généralement rationalisée par rapport à celle du français ne peut être qu’une source d’inspiration. Que nos sœurs latines aient parcouru un chemin similaire ne peut que nous éclairer dans notre quête (que de grands mots) d’un peu plus de cohérence. Les deux autres langues romanes occidentales principales qui forment leur pluriel en S, le castillan et le portugais, sont ici prises explicitement comme sources d’inspiration. De nombreux principes orthographiques de ces langues sont transposables au français, et c’est ce que nous ferons. Cela aura donc pour effet collatéral agréable de rapprocher la graphie du français de celle des deux langues romanes les plus importantes au monde (démographiquement). Cela se manifeste entre autres dans le choix d’éliminer des « lettres grecques » (qui ne le sont pas, ce ne sont que des translittérations) et dans le choix de transformer les mots en –tion en –cion (voir le –ción espagnol et le -ção portugais).

Voici donc, dans l’ordre d’importance, les mesures à adopter pour une telle réforme :

topTranscription des lettres grecques

Autant j’apprécie l’étimologie, autant le français n’aurait pas grand-chose à perdre en transcrivant les lettres grèques d’une manière conforme au reste du sistème grafique de la langue, comme c’est le cas dans les autres langues romanes. On écrit donc ortografe, filosofie, fotografie, alfa, cronologie, ritme, rume, arquéologie (notons ici la transcription diférente de khi – C ou QU – selon le contexte, par cohérence avec la logique du français), etc.
Le castillan, le portugais et le catalan traitent ces lettres de manière tout à fait analogue. L’italien et le roumain possèdent eux aussi un sistème conforme à leur logique interne. Les Y ayant valeur de voyelle sont, naturellement, grafiés tout simplement I : fisique, clorofile.

topQuid de l’étimologie ?

Ce point est sensible, puisque de nombreuses personnes sont attachées à la présence de rappels étimologiques dans la grafie du français. J’adore moi aussi l’étimologie, mais on ne peut pas fonder l’intégralité de notre sistème grafique sur des considérations étimologiques (qui ne sauraient être que partielles – il s’agit de mots français, et non grecs). La majorité des langues européennes sont passées par là (le français, l’anglais et l’allemand sont en fait les seules exceptions notables).

topConversion des X muets en S (après U et I)

La rétention des X finaus dans la grafie moderne du français étant une erreur manifeste, tant du point de vue de l’histoire de la langue que de sa cohérence interne, la quasi totalité des X muets devra tout simplement être changée en S.

topRappel

Cette pratique existe principalement parce qu’un certain nombre de personnes utilisaient autrefois le caractère X pour abréger la séquence us, fréquente en français (entre autres pour des raisons d’évolution fonétique, notamment la palatalisation des /l/ finaus, comme c’est le cas aujourd’hui en portugais). La réintégration du u s’étant faite sans la suppression du X, on se retrouve avec des X se comportant comme des S, qui réapparait d’ailleurs dans de nombreus mots dérivés (par ex. nombreuxnombreuses).

topCohérence dans les noms et les adjectifs

Tel que noté plus haut, le maintien du x pose des problèmes de cohérence. Par exemple : choix/choisir, nombreux/nombreuses, époux/épouse, etc.
On écrira donc naturellement chois, nombreus, heureus, cheveus, mais aussi aus (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler son cousin portugais aos).
Quant aus chous, genous, bijous et autres joujous, ils ont naturellement vocation à former leur pluriel en –s.

topVerbes

Rien ne justifie à mon sens les je peux, tu veux. Le X se comporte ici comme un S dans les liaisons, et ce même si c’est la marque courante des première et deusième personnes du singulier dans la conjugaison des verbes du troisième groupe (prends, vois, etc.).
Donc, je peus, tu veus.

topNombres

On écrit deux et deuxième, six et sixième, dix et dixième. Tout comme on a déjà trois et troisième, il serait bien plus cohérent d’écrire : deus/deusième, sis/sisième (et soissante), dis/disième.

topLes TI- prononcés CI-

De nombreuses familles de mots alternent entre -ci- et -ti- (prononcés /si/), et cette dernière n’est pas fonétique… Essence mais essentiel, différence mais différentiel, etc. En español, les grafies –cíon (-ciones) et –cial (-ciales) sont utilisées, en portugais –ção (-ções) et –cial (-ciais). Les homologues français de ces grafies sont donc naturellement –cion et –ciel(le). Le t est conservé dans les mots où il apparait et se prononce comme tel (democracia mais democratización en español, donc démocracie et démocratisacion en français).

topLe verbe être à la troisième personne du singulier

Dans la quasi totalité du français, les s devenus muets après des voyelles ont été soit retirés, soit remplacés par un accent circonflexe au-dessus de la voyelle précédente, y compris le verbe estre, devenu être, et sa conjugaison vous estes, aujourdui vous êtes. Seule la troisième personne du présent semble faire de la résistance… Cette réforme préconise donc l’adopcion de la forme êt pour cette conjugaison, le T final devant bien sûr être maintenu en raison des liaisons.

topLexicalisacion complète de certaines locutions

Soyons fous ! Les particules interrogatives est-ce que, qu’est-ce que et qu’est-ce qui ne sont absolument plus analisables en fonccion de leur origine étimologique, et sont même répertoriées dans les diccionaires comme des locucions invariables. Rien ne nous empêche donc de grafier de la façon suivante : esque, quesque, quesqui. Cette lexicalisacion est déjà complète dans la langue parlée, même soutenue.
« – Esque cette réforme êt viable ? – Quesque ça peut bien te faire ? »
On pourrait aussi faire de même pour d’autres locutions comme parceque.

Une telle lexicalisacion n’êt pas inédite en français. Pensons notamment au mot affaire, dérivé de la locucion à faire.

topSuppression de certaines lettres non prononcées

On pourrait supprimer le T de la conjonccion et, ainsi que les H muets, comme en italien : l’omme, l’istoire, l’omogénéité, j’abite, l’idrogène, l’orreur, l’erbe, l’eure, aujourdui, é surtout uile (le H n’étant même pas étimologique). Aucune raison de garder le P de sept, sculpture, baptême, coup… ce qui donne sète, sculture, batême, cou… (pour recevoir un cou au niveau du cou). On pourrait imaginer modifier la lettre finale de loup é sirop en les fesant correspondre à leurs dérivés : louv/louve ; sirot/siroter.
Je propose aussi la suppression du G dans vingt (rajouté plus ou moins pour faire joli, mais bien sûr pas celle du T). Donc, vint/vintième. Même traitement pour doigt, qui devient doit (é tant pis pour l’omografie, on ne risque pas de confondre). Dans le même élan, on se débarrasserait aussi du S de corps, alors, velours… du D de poids, du Z de assez ou du T de transfert. Donc corp/corporel, alor, velour, pois, assé, transfère, etc.

topLes consones doubles

Les consones doubles sont pour l’essenciel simplifiées. Un problème demeure toutefois : celui des e instables suivis de consones doubles, changeant la prononciacion à « è« , é plus généralement le problème des E suivis de consones doubles, même en tant que voyelle stable. Pour l’instant, le plus simple êt à mon sens de conserver les convencions actuelles de formacion du féminin (bien qu’elles ne soient pas universelles, come dans « complète »), bien ancrées dans l’usage, é de conserver des mots come terre, celle, nette (é non tère, cèle, nète), ce qui évite aussi une grande proliféracion d’accents graves…
Ce chois pose clairement certains problèmes de cohérence, é la question devra peutêtre (notons la soudure du mot peut-être, analogue au catalan potser) être étudiée plus tard.

topLe C muet

Le C est parfois muet en fin de mot lorsqu’il êt précédé d’un n, come dans banc, blanc, flanc, franc, vainc… é sa présence se justifie généralement par les dérivés : banche/bancal, blanche, franche, vaincre, etc. On pourait alor changer l’ortografe de donc en donq pour marquer la différence.
Pourquoi ne pas généraliser cette finale en q pour les mots qui se terminent actuellement en oc, sur le modèle de coq, ce qui donerait choq/choquer, bloq/bloquer, toq/toquer, troq/troquer… avec une excepcion pour le mot roc ?

topLes lètres ligaturées

Le œ é le æ devraient suivre la même voie que dans le mot pédagogie (anciennement pædagogia) é être dorénavant notés par un e. Nous aurions donq seur, euil, euf, beuf, euvre, ésofage, fétus, èstrogène… Le problème se pose avec cœur é chœur, dont le changement de grafie poserait un problème de cohérence. On pourrait imaginer se reporter à leur origine grèque en les ortografiant keur é kheur, mais ça correspondrait peu à la logique interne du français. Reportons donq le changement d’ortografe de ces deus mots à plus tard (il faut d’autant plus changer l’ortografe de cœur que la séquence se prononce [se] dans cœlacanthe é cœliaque).
On avance souvent come argument justifiant le maintien de cette ligature dans l’ortografe la volonté de garder la proximité entre mots issus d’un même radical latin : ainsi, le œ de sœur rappelle le o de sororal, celui d’œuvre le ou d’ouvrier, ouvrage, ouvrable, tandis que bœuf reste lié à bovin et bouvier, cœur à cordial, mœurs à moral, vœu à vouer, œuf à ovaire, ovale, etc. L’argument êt spécieus en ce sens qu’on devrait alor écrire pœuple car populaire ou encore mœuble car mobilier, sœul car solitude, etc. On le voit: l’utilisacion de ce digrame êt arbitraire é ne se justifie pas.

topLes noms é adjectifs en -ent é -ence

Les noms é adjectifs qui se terminent actuellement en -ent ou -ence pouraient être réortografiés en -ant é -ance.
On aurait prudant/prudance, évidant/évidance, incidant/incidance, pertinant/pertinance, présant/présance, précédant, réçant, séquance… ce qui rendrait plus cohérante la prononciacion des adverbes de manière qui en sont dérivés : prudament, évidament, incidament, pertinament, précédament, réçament… sur le même modèle que sufisament, bruiament, notament, méchament, etc.

topLe G dur et le G dous

Dongeon s’écrit aujourdui donjon, et les G ont disparu des mots joie, réjouir, majeur, majesté (on écrit pourtant magistrat)… alor que le latin ᴊᴠɴɪᴘᴇʀᴠs êt devenu genévrier. On écrivait autrefois avec raison jesier, du latin ᴊᴇᴄᴠʀ ; pourquoi gésier ? En 1240, ᴇɢᴏ s’écrivait ge que nous avons remplacé par je. Je propose donq le remplacement de tous les G dous par des J : jujer, gajure, gaje, jirafe, oranje, sugjestion, paje, lanje… et tant pis si ça déconecte agréjer de agrégacion ; ainsi que tous les GU par des G simples : gitare, orgeuil, lange, arguer, fatigant

topFrancisacion des emprunts

Les emprunts étranjers doivent globalement s’adapter à la fonétique française, mais aussi à son sistème grafique. Où sont donq nos lideurs qui jouent au foutebol ? L’espagnol é le portugais acceptent presque intégralement cette aproche pour la transcripcion des termes d’orijine étranjère (ex. líder).
Cette aproche se rencontre parciellement en français avec des mots come fioul, globetrotteur (ce dernier déjà accepté selon les rectificacions de 1990).

topLe cas du sufixe –ing

Le cas du sufixe –ing est intéressant, toutefois. On pourait peutêtre le transcrire par -igne (parquigne, foutigne), mais ce ne serait pas pleinement satisfesant, ni fidèle à la prononciacion majoritaire, probablement. Le problème êt ici le statut du fonème /ŋ/ en français (existe-t-il vraiment ?) é sa réalisacion variable selon les locuteurs (/iŋg/ ? /iɲ/ ?).
Faute de mieus, gardons-le tel quel pour le moment…

topTranscripcion du son gn

Autrefois noté avec le trigrame ign, le son [ɲ] s’écrit aujourdui gn. Maleureusement, la séquence gn se retrouve aussi dans des mots où il se prononce diférament, comme gnou, agnostique, cognitif, diagnostique, gnome, magnum, pugnace, stagner, etc.
Pourquoi ne pas le transcrire avec un ñ come en español ? Cela permetrait notament de raprocher grafiquement des mots aparantés en évitant d’incruster un g au milieu du mot : bain/baiñer, bénin/béniñe, chatain/chataiñe, contraindre/contraiñant, loin/éloiñer, malin/maliñe, peindre/peiñons, poin/empoiñer, soin/soiñer, témoin/témoiñer

topDivers

déjà ➜ déja
y ➜ i (i compris)
ch initial et final ➜ k(h)? (aurok, kheur)?
oi ➜ oe ou oa (moa ; moelleux ; bien loen/éloeñer – loain/éloañer ?)
qu ➜ q ?
cueillir/accueillir ➜ keuillir/akeuillir? queuillir/aqueuillir?

 

<Source : blog Idées multiples, Partie 1 et Partie 2>